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 (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes.

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MessageSujet: (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes.   (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes. EmptyJeu 25 Juin - 14:30

Le chant des sirènes
 La vraie vie est si souvent celle qu'on ne vit pas.
MOIGA ✧ SHERKAN

Chuchotis de l'âme qui souffle sur mes lèvres en un soupir discret. La journée qui se meurt, déjà. Les chaînes que je connaitrais bientôt. Malédiction du souvenir. Les marques qui tirent sur les réminiscences de l'esprit. Par réflexe, je frotte mes poignets. Couturés de ces empreintes faites par le fer. A jamais. Eternité d'une condition repoussée. Le port est là. Ses odeurs tentantes, et ses femmes plus tentantes encore. Il me reste un couple d'heures avant de devoir laisser place au fauve. Je peux encore profiter de la saveur d'un vin épicé et d'une compagnie féminine. Merle m'observe, calmement. J'ai un sourire bravache, levant le menton, malicieux. « Je te l'ai dis, les hommes ne m'intéressent pas. Allons - donne à nos hommes leur salaire, qu'ils aillent rendre Goldenbridge plus riche, et leurs poches plus vides encore. » Merle a un rire amusé, mais s'exécute, alors que je prépare ma sortie. Elégant, j'avance un pas avant Merle, dans les rues du port. Les effluves de poisson sont là, salées et familières ; on s'éloigne sur les pavés, on s'enfonce dans des terres qui ne sont que les berges de la mer elle-même. « Faisons un tour à la taverne. Il y fera chaud, et on mangera autre chose que la viande trop cuite de Rickson.» Rires de mes hommes ; grommellements de mon coq. Je secoue ma tête coiffée de mon superbe chapeau à plumes. Tout dans nos vêtures - surtout la mienne - donne une impression de luxe élégant. J'aime avoir l'air impeccable, le côté félin sûrement. Propreté d'un aspect séduisant, bestial pourtant. Les crocs sous le sourire, le regard qui se fend d'amusement partout où il se pose, les prunelles teintées d'or et de vert dans les ombres de l'encre. Le tigre qui se rue déjà dans mes veines, à l'appel de l'obscurité qui viendra trop tôt.

« Je passe au marché. J'ai quelque chose à acheter. Non, reste-là. Je n'en ai pas pour longtemps. » Le silence qui dit tout. Les chaînes, cette nuit encore, feront de moi l'esclave de ma bestialité primale. Je le promet d'un regard. Merle me laisse aller - mon seul ami, mon confident. Parfois, sa méfiance m'exaspère. J'ai besoin d'air. J'ai besoin de cette liberté dont le goût n'est plus que cendres. Je maudis la sorcière qui m'a maudit, je prie tous les Dieux de m'octroyer une partie de leur puissance, de mettre sur mon chemin un être capable de retirer ce tigre de moi. Je caresse le pommeau d'un de mes sabre, à ma ceinture, dans un geste négligent, nullement querelleur. Je vois un peu plus loin une foule de bonnes gens, et je me fonds dans la foule avec une espèce de bonheur inhumain. Je ferme mes yeux un instant, une éternité, un battement de coeur, ou trente. J'achète un verre de vin dont j'apprécie le bouquet. Je m'installe contre un mur à regarder les passants passer, le chapeau posé sur la garde de mon arme. Je repousse nonchalamment mes cheveux en arrière, toisant la foule, non pas comme une bête prédatrice, mais comme un inconnu. Les terriens sont d'étranges êtres. Je ne serais plus capable de vivre ainsi sur autre chose que mon vaisseau. Pourtant, parfois, être ainsi enchaîné à lui de façon aussi littérale me pèse. Fer au coeur. Je soupire, quand j'entends une voix connue. Clignement surpris des paupières où se fendent les iris.

Comme hypnotisé, je m'approche de l'origine de ce rire musical. Une femme, qui m'est familière ; quelques autres qui gloussent à une plaisanterie. Je penche la tête de côté, et après avoir caressé ma pommette de mon index recourbé, j'entre dans leur champ de vision. Je forme une courbette amusée, qui n'est ironique que dans mon esprit. Je ne ploie le genou devant aucun prince ou roi, mais j'accepte volontiers les révérences envers les femmes. Elles seules méritent une telle marque de dévotion. « Pardonnez-moi, mais j'ai entendu vos rires, et j'étais curieux de savoir de quoi pouvaient bien plaisanter d'aussi jolies demoiselles.» Le ton est grave, bas, charmeur. Une musique connue. La séduction par les mots. Cela me connait. Enfin, l'objet de ma convoitise est observée ; elle est la dernière sur laquelle je m'attarde, une seconde, deux minutes, une immortelle heure. Un battement de coeur. Je lui souris, hoche la tête. Je la connais - et avec elle, mon esprit songe aux sables brûlants, aux souvenirs qui sont attachés aux lieux d'Agrabah, et à cette fois où j'ai pourfendu du gredin pour la sauver de leurs pattes. Porte t-elle le collier que je lui ai offert ? Une babiole d'argent, représentant une sirène. Je dévoile mes dents, et par réflexe, claque les mâchoires en riant tout bas. Un geste étrange, mais des plus félins. « Je m'aperçois que vous êtes sans gardien. N'avez vous pas peur des malandrins, dans un port tel que celui-ci, mesdames ?» J'ai envie de rire, encore. Si il y a bien des gredins ou des voleurs ici, j'en suis sûrement la plus parfaite des incarnations. Je bouge mes doigts sur ma veste de cuir et roule des épaules sous ma cape. Je plisse les yeux. Si ce qui semble être des dames de compagnie me paraissent un parfait divertissement, il en est autre chose de la douce demoiselle. Pas de noms, mais ce souvenir qui nous liait. Comment s'appelait-elle ? Se souvenait-elle seulement de moi ? J'avais la flatterie de me dire que oui ; qu'on ne pouvait m'oublier ainsi, surtout quand je sauvais la vie de ladite dame.

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MessageSujet: Re: (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes.   (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes. EmptyJeu 25 Juin - 19:29






Sherkan & Moiga


tiger tiger, burning bright


Les rires ricochaient contre les parois dorées de la cité, les pas se mouvaient dans des danses de gaieté et de volupté. S’il fallait des mots pour décrire cette terre, ils ne seraient que richesse et liberté. Les demoiselles de compagnie trottinaient sur les pavés lisses, descendant les ruelles en sifflant des mélodies carillonnantes, emplies d’espièglerie. Ci et là elles récompensaient les artistes, donnaient une pièce aux plus démunis, prenaient la main d’un enfant pour le faire valser le temps d’un instant. Un bal allait être donné, encore. L’occasion pour le seigneur de se pavaner vêtu de tant de richesse, ou peut-être, de combler l’ennui. La peau d’émeraude avait envie de perles de culture, petites billes d’un blanc ivoire provenant des coquillages de la mer, pour tisser une robe qu’elle espérait, éblouirait les bonnes gens. Elle se rendait accompagnée au port, laissant flotter ses rubans et soieries derrière elle, emportée par un vent léger. Bientôt les effluves de sel parvinrent à ses narines, alors qu’elle inhalait des odeurs de poissons fraichement pêchés, de caviar, d’algues coupées, de navires qui amarraient. Les demoiselles s’extasiaient devant tant de nouvelles denrées, souriaient avec charme aux commerçants toujours parés pour les flatter, bien las de ne pouvoir même les effleurer. « Ces perles arrivent tout juste de Turtleroc mesdames, vous n’en trouverez pas de plus belles ailleurs je vous l’assure. Les meilleures sur le marché ! On dit que même les sirènes en sont envoutées. » Le marchand à la lèvre entaillé raille un sourire quelque peu jauni, avant de s’exécuter au geste de Moiga, remplissant une sacoche de perles. « Excellent choix mademoiselle. Moi, c’est par votre présence que je suis envouté. » dit-il à l’adresse des dames de compagnie, sans perdre la face. Elles ne tardent pas à rire aux éclats, se couvrant les lèvres par fausse pudeur, tandis que la grenouille tend ses pièces au commerçant, un sourire muet en coin. « Pardonnez-moi, mais j'ai entendu vos rires, et j'étais curieux de savoir de quoi pouvaient bien plaisanter d'aussi jolies demoiselles. » Sa nuque fait volte-face, suivie par sa silhouette frêle. C’est un timbre de voix rauque qui ne lui est pas inconnu, résonnant à ses tympans, agitant son palpitant. Ses doigts se crispent sur la sacoche de perles quand elle reconnait ce visage. Une peau hâlée, un regard sombre, ces gestes agiles, presque félins, quand il se redresse pour remettre son chapeau. Ses pupilles dilatées s’attardent sur Moiga qui sent le rouge lui monter aux joues en songeant aux infimes instants d’Agrabah, disparus bien vite dans un sablier rouillé. Elle porte nonchalamment une main à son cou, resserrant les deux pendentifs qu’il porte; une balle d’or, et un autre trésor d’argent représentant une nymphe des mers, vestige de leur rencontre. Son geste la trahit quand elle laisse glisser la sacoche, les billes se déversant sur les pavés. « Je m’aperçois que vous êtes sans gardien. N’avez vous pas peur des malandrins, dans un port tel que celui-ci, mesdames ? » Moiga reprend rapidement ses esprits, dissimulant cet air ahuri quand elle se baisse pour ramasser ses perles. Elle écoute simplement, les demoiselles glousser à cette apparition des plus divertissantes, et répondre à cette voix qui résonne pour séduire et tromper. « Maintenant que vous êtes là, monsieur, nous n’avons plus aucune raison d’avoir peur. Peut-être même devriez vous nous escorter jusqu’au palais. » chantonne l’une d’elle en faisant danser ses épaules avec grâce, jouant de ses mèches de cheveux tombantes. La peau d’émeraude lèverait les yeux au ciel, si elle n’avait pas un masque de bienséance à porter. Sa peau a retrouvé sa teinte opaline, mais son coeur bat toujours d’une course effrénée à mesure que sa présence est ressentie. « Monsieur n’a pas terminé son verre. Rentrez je vous rejoindrai, il me reste quelques emplettes à faire et me voilà maintenant en sécurité. » Elle insiste sur le dernier mot, appuyant le sarcasme, qui ne l’est que vaguement. Après tout, cet homme était son sauveur. A peine eut-elle fini de ranger ses perles, que les demoiselles se trouvaient déjà loin. Les dames étant suffisamment éloignées, Moiga s’approcha du ténébreux roturier pour lui prendre son gobelet de vin, buvant tout son contenu. « Dois-je m’attendre à vous voir filer de nouveau avant que la nuit ne tombe ou vais-je enfin connaitre votre nom ? »
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MessageSujet: Re: (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes.   (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes. EmptyJeu 25 Juin - 20:32

Le chant des sirènes
 La vraie vie est si souvent celle qu'on ne vit pas.
MOIGA ✧ SHERKAN


Avec une séduction certaine, j'observais les demoiselles, tout en prenant bien garde à ne pas trop poser mes prunelles de nuit sur celle qui avait avant toute autre éveillé mon intérêt. La surprise avait peint ses traits d'une expression incroyablement humaine - pourtant, j'aimais croire, surtout en moi. Et ne lui avais-je pas promis que nous nous reverrions, à la limite de cette nuit d'autrefois, il y a pourtant si peu de temps ? Le bruit délicat d'objets ronds tombant sur les pavés attira mon attention. Des perles, qui se déversent sur le sol. Je ne montre pas ma surprise - après tout, si l'inconnue est ici, c'est sûrement pour faire ses emplettes. Et de toute évidence, selon sa vêture et autres signes physiques, elle est noble. Chose que je n'avais nullement noté la dernière fois. La réponse des compagnes ne se fait pas attendre, et je leur lance un regard amusé à travers mes longs cils. Les escorter ? L'idée ne me déplaît pas. Je vais pour accepter, mais la maîtresse déjà prend la situation en main. J'en avais oublié mon verre de vin, et je le redécouvre avec un haussement de sourcils. Je hausse les épaules avec un sourire fataliste, sans que l'on sache si je me moque ou non - un véritable visage de chat, félin et malicieux.

« Monsieur n’a pas terminé son verre. Rentrez je vous rejoindrai, il me reste quelques emplettes à faire et me voilà maintenant en sécurité.» Le dernier mot est appuyé. Je recule d'un pas, comme pour disparaître. Les compagnes s'éloignent, nous laissant seuls. Ai-je l'air si peu intimidant ? Je pourrais être vexé. Mais je ne le suis pas, car l'objectif de tout cela est atteint. Je ne désirais que cela - une entrevue seul à seule. Je ne m'attendais cependant pas à ce qu'elle prenne mon verre et le vide d'un trait. Ahuri, je ne peux cacher le sourire de fierté devant un tel comportement, et j'ai un rire bas à ses paroles. « Dois-je m’attendre à vous voir filer de nouveau avant que la nuit ne tombe ou vais-je enfin connaitre votre nom ?» « Avouez que c'est bien plus mystérieux comme ça. Aurais-je eu tant de succès si j'étais resté auprès de vous ?» Un jeu. Un amusement. Cette fois-ci, je ne suis plus le sauveur. « Pour tout vous avouer, je ne pouvais réellement pas rester. Je vous aurai raccompagnée avec plaisir, mais d'autres tâches m'attendaient.» Des chaînes et du métal. La brutalité et la douleur du changement. La fourrure de feu, zébrée d'éclairs charbonneux. Je n'aurais désiré pour rien au monde dévorer une aussi jolie femme. Je récupère mon verre avec un sourire et à gestes précautionneux. Comme si j'allais la briser. J'embrasse son allure d'un regard global, amusé, comme pour la confronter à nos deux univers. « Peut-être aurais-je dû m'enquérir d'abord de vous. Votre cour de dindes ne vous manque pas ? Si j'avais su, je me serai davantage vanté auprès de mon équipage, en leur récitant mes exploits auprès d'une noble dame.» Plaisir du jeu. La franchise, l'illusion, couplées. Je n'ai parlé de cela à personne. J'ai à peine eu le temps de rentrer avant la nuit. Merle ne m'a posé aucune question. Comme il ne m'en posera pas ce soir. Mais le soir est encore loin. Je me redresse, lui présente un bras afin qu'elle l'attrape. Je sais singer les manières des emplumés. J'apprends vite. «J'espère que vous n'avez guère fait de cauchemars concernant notre entrevue de la dernière fois. Je m'en voudrais d'avoir hanté vos rêves» fais-je avec un ton taquin. C'était une façon comme une autre de présenter les choses. Une façon enfantine, féline, joueuse. J'aimais cela - jouer. «Me feriez vous le plaisir de votre compagnie, ma Dame ?» Nous ne savons toujours pas le nom de l'autre. Mais en songeant à ses sursauts délicats d'étonnement, en entendant ma voix, je devine, non j'espère, que je lui donne envie de me connaître. Je fais en sorte de répandre quelques informations ici et là, que ce soit socialement ou en marchandant, pour attiser la curiosité. Mais en ce moment-même, c'est moi qui est consumé de cette soif de savoir - quel peut bien être son prénom ?

« Il semblerait que vous ayez soif. Voulez-vous que nous nous arrêtions pour nous désaltérer ?» J'ai baissé mes yeux sur elle. Elle semble petite et fragile, mais je ne peux m'empêcher de sourire en la revoyant prendre mon gobelet et le vider. Elle a beau sembler noble, en avoir les manières, et l'être sûrement, elle a un caractère que je n'assimile pas à ces chiens dociles d'aristocrates. Déjà, je l'entraîne dans la direction opposée à celle prise par ses amies. Un amusement enfantin. Tentateur avide, joueur, gamin. Je lui fais de larges sourires, toutes dents dehors, le regard brillant et luisant.

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MessageSujet: Re: (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes.   (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes. EmptyJeu 25 Juin - 23:17






Sherkan & Moiga


tiger tiger, burning bright


Elle ne le dévoilait pas, mais ces jeux de mots et de regards inquisiteurs envers les demoiselles la contrariait, l’offensait presque. Cette assurance, la métamorphosant en une inconnue de marbre, silhouette docile et blanche. Restant sur la défense, elle ne voulait pas perdre la face à sa confrontation. Quel genre d’homme s’en allait silencieusement au moment le plus inopportun pour disparaitre à l’horizon, laissant une trace de son passage uniquement pour torturer les songes, et revenait ainsi le menton haut et fier. Ce genre d’homme, sur lequel elle ne pouvait pas même mettre de nom. Pourtant elle se rappelait avec exactitude son odeur, et sa voix chaude face à l’écume, qui lui avait bien promis une nouvelle rencontre. Mais elle n’était pas sotte, et s’attendait à ne jamais plus le revoir, elle s’était fait une raison. S’il était là face à elle de nouveau, ce n’était que par la grâce du hasard. Une opportunité pour elle aussi, de jouer tout comme lui. Il ne bronche pas quand elle éloigne volontairement les dames de compagnie, silencieux comme si c’était ce qu’il attendait, et perd son regard mesquin quand elle termine d’avaler son vin sous son nez, hébété. Pourtant, le sourire qu’il dessine en coin n’échappe à Moiga. Son coeur palpite d’une fureur qu’elle n’avait pas ressentie depuis cette aube à Agrabah. « Avouez que c’est bien plus mystérieux comme ça. Aurais-je eu tant de succès si j’étais resté auprès de vous ? » Une vérité qu’elle ne voulait s’avouer s’échappe pourtant d’entre ses lèvres tandis qu’elle le dévore de ses rétines. « Pour tout vous avouer, je ne pouvais réellement pas rester. Je vous aurai raccompagnée avec plaisir, mais d’autres tâches m’attendaient. » « Est-ce ce que vous dites à toutes celles que vous abandonnez ? » Son ton n’est pas agressif, plutôt amusé, tandis qu’elle l’observe récupérer le verre et effleurer sa peau, n’attendant pas de réponse. Peut-être veut-elle simplement gagner du temps, ne sachant quand il partira de nouveau. « Peut-être aurais-je dû m'enquérir d'abord de vous. Votre cour de dindes ne vous manque pas ? Si j'avais su, je me serai davantage vanté auprès de mon équipage, en leur récitant mes exploits auprès d'une noble dame. » Elle ouvre grand les yeux, étouffant un sourire qui n’aurait de valeur, laissant simplement ses lèvres s’entrouvrir d’une surprise déconcertante. Etait-il en train de se moquer, alors qu’elle ne portait déjà plus les haillons dans lesquels il l’avait aperçue, découvrant les trésors qu’elle renfermait. Sa main tremblait d’une envie de pousser son torse bombé de fierté, mais elle se contenait, étant ici une dame de compagnie du palais, les moindres faits et gestes remarqués. Elle se résigne à enfoncer ses doigts dans sa sacoche de perles tintantes, cachant son sourire, quand il lui tend son bras. « J’espère que vous n’avez guère fait de cauchemars concernant notre entrevue de la dernière fois. Je m’en voudrais d’avoir hanté vos rêves. Me feriez vous le plaisir de votre compagnie, ma Dame ? » Moiga hésite une minute, deux, avant de passer son bras sous le sien, et de se laisser aller un instant, détendant ses traits. « Je vous assure que votre visage n’a jamais plus effleuré mon esprit. » ponctua-t-elle d’un mensonge pour avoir le dernier mot. Elle n’avait aucune raison de craindre cet homme qui avait probablement allongé sa précieuse vie. Les seuls cauchemars qui berçaient ses nuits n’avaient pas le gout du sud, mais plutôt du nord, reflétant la sauvagerie de la guerre et de la magie. « Il semblerait que vous ayez soif. Voulez-vous que nous nous arrêtions pour nous désaltérer ? » La peau d’émeraude acquiesce d’un signe de tête, amusée, mêlant ses pas aux siens, souriant poliment à quelques passants qu’elle reconnait. Elle observe les dalles se dérober sous ses pieds, le palpitant résonnant aux bruits de pièces d’or clinquantes dans la bourse de son sauveur. « Contrairement à ce que vous devez penser, les nobles aussi savent boire et s’amuser. Mais je ne prétends pas avoir d’aussi bonnes manières que mes dindes, comme vous dites. Je n’ai pas eu une telle éducation. » Quand ils arrivent devant une petite taverne, Moiga prend place, pensive, et insiste un regard envers la serveuse. Elle demande une coupe d’hydromel, laissant son mystérieux héros commander ensuite. « Ainsi, vous êtes capitaine d’un navire ? Aurais-je donc la chance de vous revoir par ici ? »
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MessageSujet: Re: (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes.   (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes. EmptyJeu 25 Juin - 23:54

Le chant des sirènes
 La vraie vie est si souvent celle qu'on ne vit pas.
MOIGA ✧ SHERKAN


C'est avec une délectation discrète que j'observe l'illustre demoiselle. Je dois dire que ses atours lui vont à ravir, et mettent en valeur silhouette et visage. Attrayante créature féminine. Splendeur de chair, majesté du regard sous ses longs cils. J'ai toujours été sensible à la beauté des femmes. Il serait cruel de ne pas être reconnaissant de leur élégance originale, et c'est ainsi que je récompensais leurs atouts : en les dévorant de mes regards flamboyants. Pourtant, pour une fois, ce n'était pas une séduction volontaire. Ni d'un côté ni de l'autre. Une attraction naturelle, qui allait au-delà de ma propre compréhension. J'avais la satisfaction de l'avoir pour moi seul. Je comptais profiter de mes dernières lueurs du jour pour être aussi humain que possible. Pourtant, déjà, mes pas et mes gestes se possédaient du tigre - le fauve sous les doigts qui bougent, le carnassier dans les rires rauques. Iris fauves, aux couleurs qui se chamarrent de changements. « Est-ce ce que vous dites à toutes celles que vous abandonnez ?» Nouvel éclat de rire - je passe une main sur mon visage. Les poils drus de mon bous effleurent mes doigts, et je réplique, en bon pirate adorant avoir le dernier mot. « Seulement à celles qui attisent ma curiosité et mon attention.» Je ne saurais dire qui mène le jeu. Je ne m'étais pas attendu à sa verve, à ses mots mordants. Cela me plaît - j'aime cela, chez une femme. La passion, la violence sous-jacente. Sous-cutanée. Droit au coeur.

Si j'aime m'écouter parler, en beau baratineur, je dois avouer que mes paroles ont un arrière-goût de vérité tenace, d'avidité captive, éprise. J'attends ses réponses comme mes hommes doivent patienter après leur paye. Son bras se mêle au mien. Ce contact là est voulu - et il est d'autant plus plaisant que je n'ai pas de sang sur les mains, cette fois-ci. Ni de mort sur la conscience. Du moins personne qui ne remonte à moins de trois jours. « Je vous assure que votre visage n’a jamais plus effleuré mon esprit.» Je tique - un coup d'oeil rapide, pour déceler la fausseté. Mais je n'ai guère de mal à la croire. Une déception amère m'étreint un instant, le temps que je réalise le ridicule de cette émotion. Dois-je avouer que, les jours succédant à son sauvetage, la dame a obsédé les limites de mes songes nocturnes, ceux qui s'impriment en moi lorsque la fatigue la plus brutale a achevé de m'abrutir ? Cela ne signifie rien. Tout comme moi pour elle, il n'y a aucun doute. Mais plutôt que de me sentir rabroué, il y a une tranquillité qui ondule en moi - j'ai toujours aimé les risques et les obstacles. Cela ajoute de la saveur au prix. Tout n'est qu'un jeu, de toute façon.

Je suis extrêmement satisfait de l'image que nous donnons - si elle se contente de sourire aux passants qui doivent la reconnaître, et ici j'arrive à la conclusion qu'elle doit habiter dans les environs, je marche comme un conquérant, d'une démarche féline et gracile. Non pas les pas d'un humain, mais les enjambées d'un pirate, vaguement décalés, donnant à mon allure quelque chose d'étrange, qui contraste avec mon élégance, qui elle-même semble bien pauvre comparé à la dame à mon bras qui est splendide, resplendissante dans les lueurs du jour qui se fane comme une fleur mourante. « Contrairement à ce que vous devez penser, les nobles aussi savent boire et s’amuser. Mais je ne prétends pas avoir d’aussi bonnes manières que mes dindes, comme vous dites. Je n’ai pas eu une telle éducation. » Que veut-elle dire ? Finalement, ses origines sont-elles plus troubles que ce que je pourrais penser ? Dans le fond, cela n'a aucune importance. Mon regard se détourne un instant, quand je songe à mes propres origines troubles. Les marques dans la peau d'une docilité depuis longtemps dissoute. « J'ai appris une chose - si vous voulez être quelque chose, faites que les autres croient cette chose vraie. L'illusion donne le plus souvent raison. » Une façon de pensée plus réfléchie qu'il n'y paraît, et bien trop profonde pour un simple marin. Une vision du monde biaisée par l'expérience. J'ai un sourire amusé, mais mon regard s'est refroidi le temps d'une seconde. « Je puis vous promettre une chose - si vous n'êtes jamais montée sur mon navire, vous ne vous êtes jamais réellement amusée. Les hommes de la mer sont seuls à connaître le sens de ce mot. » La faute aux longs jours sur l'onde salée, aux morts et aux maladies. Les jeux, le plaisir étaient des rythmes connus, spécifiés, dont les marins connaissaient chaque note. Et j'en étais le capitaine. Assis en face de ma Dame, dont le prénom m'est toujours inconnu - et ce jeu, si il m'avait lassé, me fait éprouver une nouvelle flamme - je commande du rhum. Tout bon pirate se doit de commencer une virée sur terre avec le meilleur rhum disponible.

« Ainsi, vous êtes capitaine d’un navire ? Aurais-je donc la chance de vous revoir par ici ? » Je m'adosse à mon siège, comme un gigantesque chat qui s'étire, les pupilles aguichantes. J'ai posé mon chapeau sur le bout de la table, et mes boucles brunes encadrent mes traits tirés. « Je ne puis rien vous cacher. Je possède effectivement mon navire. Quant à savoir si vous en aurez la chance, je ne suis point le juge. Voyez-vous dans nos retrouvailles la bonne fortune ? Ou reconnaissez-vous que j'avais raison, et que nous étions destinés à nous revoir ? » Les dents dévoilées, sourire bravache. Un défi de tout le corps. Une crânerie inutile, imprimée dans l'être. Les boissons sont servies. Je paye - la bourse qui s'ouvre et révèle or, pierres précieuses, argent, une seconde, un éclair métallique. « Jouons à un jeu. Je devine quel rôle vous interprétez sur vos landes que vous appelez terre. Lorsque je me trompe, je vous offre une information de votre choix sur moi. Si je me rapproche, ou que j'ai bon sur un point, c'est à vous de m'offrir une confidence. » Elle pourrait rétorquer qu'elle n'a aucun intérêt à ce divertissement. Mais j'ai deviné notre curiosité commune. Je retire mes gants de cuir, enlève mon manteau et mon plastron, pour ne laisser que la chemise de lin et les plaques d'armure légères au niveau du torse et des épaules. Il fait plus chaud qu'en mer, et je n'ai plus l'habitude. Je remonte mes manches sur mes bras, dévoilant cicatrices et marques d'un autre temps. Un spectateur avisé remarquerait les empreintes parallèles, et pourrait deviner là des coups de sabre ou d'arme, et là les morsures des fers. Mais a t-elle simplement connu les esclaves ? Ma peau brune roule alors que je bouge, m'installe dans une posture plus confortable pour moi : un genou remonté contre moi, une jambe tendue sous la table. Je me voûte, l'air de vouloir partager des secrets. Je débute le jeu, sans attendre sa réponse. Qu'elle refuse si elle veut. « Vous êtes venues acheter des perles. Mais vous avez des compagnes. Seriez-vous marchande ?» J'ai connu des commerçants assez riches pour sembler nobles. Je plisse les yeux, presque déjà sûr de gagner. Je déteste perdre, mais face à elle, cela ne me déplairait pas si fort. Je veux bien me faire dompter par ses jeux de mots et ses malices, alors ses beaux yeux frangés m'observent.

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MessageSujet: Re: (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes.   (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes. EmptySam 27 Juin - 1:32






Sherkan & Moiga


tiger tiger, burning bright


Leur tête à tête ne cessait de lui revenir en mémoire, lui traversant l’esprit comme l’aiguille pointue d’un fuseau, dès lors qu’elle croisait ses pupilles de jais, ou son sourire taquin. Aucun bon souvenir ne lui restait de son escapade dans le désert, hormis cet homme, pour qui elle avait prié tous les jours suivants, accoudée à son lit en étreignant son présent. De ce passage elle se rappelle du sang, ce velours rouge glissant sur la peau pour venir se briser sur les grains de sable, amas d’ivoire. Elle se rappelle du métal hurlant et résonnant. De bruits d’os cassés, de plaies décousues. Mais ces horreurs s’étaient évaporées dès lors qu’elle avait réalisé que sa vie n’était plus en danger, lorsque son visage doré lui était apparu, relevant d’un miracle. Une dette, elle lui devait. Mais il était bien plus simple de jongler avec le temps et les mots qu’ils possédaient en ces instants, d’incarner le détachement avec l’insouciance la plus habile. Pourtant, ses lèvres brûlaient de curiosité et de désir masqué, son palpitant ricochant silencieusement à chacune de ses avides allusions. À en croire ses belles paroles, il était sans aucun doute un tombeur de ces dames. Mais pas de ceux qui se traînent, vulgaires, et ne montrent aucune dignité. Celui-ci avait de l’esprit, de la répartie et un humour à toute épreuve. Avec candeur probablement, elle se demandait quelle genre de vie il menait. Du peu qu’elle avait vu, il n’avait rien d’un noble élevé avec une cuillère d’argent dans la bouche. Il avait tout du sauvageon qui vivait sans attache, et survivait par le risque, peut-être pour se sentir plus vivant. Sa démarche était farouche, comme si sa simple présence imposait le respect, dominant l’espace d’une prestance peu commune. Mais il ne manquait pas de souplesse, dans tous ses gestes, tous ses mots soufflés. « J'ai appris une chose - si vous voulez être quelque chose, faites que les autres croient cette chose vraie. L'illusion donne le plus souvent raison. » Une confession bien intime, pour un homme qui se targuait d’être mystérieux. Elle ne peut dissimuler un sourire, trahissant la satisfaction. Si elle approuve d’un regard silencieux, en connaissance de cause, elle ne peut s’empêcher de se demander alors si l’image qu’il lui renvoie est celle créée de toutes pièces pour illusionner et tromper. Elle aime à penser que c’en est tout le contraire, en réalité. « Je puis vous promettre une chose - si vous n'êtes jamais montée sur mon navire, vous ne vous êtes jamais réellement amusée. Les hommes de la mer sont seuls à connaître le sens de ce mot. » Moiga étend son sourire, n’en dévoilant ni trop, ni peu. Juste assez pour refléter cette étincelle qui jaillit dans ses yeux, à l’écoute de nouvelles confidences. Elle s’amuse de ses moqueries guillerettes et inoffensives, sous-entendus envers son rang, son univers. Alors qu’elle, en pure épicurienne, n’est qu’une voleuse de titre et de trésor. Elle s’est accaparée une vie qui ne lui était pas destinée. La peau d’émeraude drape alors son visage de son originelle teinte nacrée et renfermée, s’accoudant à la table pour laisser sa main accueillir son menton, insistant sur l’ironie de chaque mot prononcé. Navire, équipage, certains secrets n’avaient désormais plus lieu d’être. Quand il s’enfonce dans son siège, elle se redresse, mimant presque ce geste, hormis que ses doigts viennent naturellement jouer dans les rubans pendants de sa robe, peut-être par nervosité, l’esprit trop occupé pour remarquer l’inconscient le contrôler. « Je ne puis rien vous cacher. Je possède effectivement mon navire. Quant à savoir si vous en aurez la chance, je ne suis point le juge. Voyez-vous dans nos retrouvailles la bonne fortune ? Ou reconnaissez-vous que j'avais raison, et que nous étions destinés à nous revoir ? » Encore des courbettes, bien négociées, qui ne cessaient de l’étonner. Ses pupilles s’attardent un instant vague sur sa bourse carillonnante de richesses. « Je demandais par simple curiosité. » Elle aussi, voulait laisser planer le doute, le tourment incertain. La suffisance de son regard derrière sa coupe d’hydromel nargue son interlocuteur, avec entrain. Ses lèvres frôlent l’objet, inhalant les douces effluves de miel avant d’en goûter, puis le silence. « Jouons à un jeu. Je devine quel rôle vous interprétez sur vos landes que vous appelez terre. Lorsque je me trompe, je vous offre une information de votre choix sur moi. Si je me rapproche, ou que j'ai bon sur un point, c'est à vous de m'offrir une confidence. » Elle pince ses lèvres, acceptant d’un regard inquisiteur. « Vous êtes venues acheter des perles. Mais vous avez des compagnes. Seriez-vous marchande ? » Ce jeu de déduction lui plaisait, comme s’il fallait obtenir les secrets par le mérite. Elle n’avait pas connu de tel divertissement depuis bien longtemps, oubliant ce qu’était la vie en dehors des dorures et soieries du palais, des révérences perfides et des sourires ingrats. En sa présence, les décors dévoilaient une saveur plus authentique. « Je suis une dame de compagnie à la cour de Valgorath, mais vous n’avez pas entièrement faux. Je tisse et vend des lingeries pour les dames de noblesse, si j’en reçois la demande. J’ai appris du métier par mon père, qui était un marchand d’étoffes. » Elle pourrait être envahie de honte, de peur d’être jugée, s’il n’était pas le dernier à en avoir quelque chose à faire. Encore plus alors que ses cicatrices étaient totalement à nu désormais, révélant les traces, les ruines de douleurs marquées. « C’est à mon tour. Vous n’avez rien d’un officier au service d’un roi, pas même un uniforme, et je ne vois pas votre équipage. Mais à vous entendre parler, je dirais que votre navire est un brick, ais-je raison ? » Peut-être était-elle à côté, mais elle n’avait pas réellement tenté en jetant la pièce, misant sur pile ou face. Ses soupçons étaient fondés sur bien des aspects qu’elle avait pu entrevoir, sans qu’elle ne mette de mot dessus. Bien des corsaires cavalaient seuls, et dans ce genre de bâtiment. Mais peu se rendaient sur les dangereuses terres d’Agrabah, sans avoir une idée derrière la tête.
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MessageSujet: Re: (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes.   (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes. EmptySam 27 Juin - 2:13

Le chant des sirènes
 La vraie vie est si souvent celle qu'on ne vit pas.
MOIGA ✧ SHERKAN


Je révèle les cartes. J'abats certains atouts. Je dévoile plus que je n'exprime. Et ce jeu-là est bien plus amusant que les simples séductions trop faciles dont j'ai la cruelle habitude. Quand on découvre une femme aussi pleine de ressources, on ne la lâche pas. Jamais. Les périls de la mer sont souvent réputés pour être pareils à ceux des femmes. Mais ces dernières sont biren plus dangereuses, car elles ont pour elle la malice. Cette étincelle flamboyante dont je raffole en cet instant précis et que j'observe chez ma vis-à-vis avec un plaisir évident. Si il y a une chose que j'apprécie plus encore qu'un bon combat ou du rhum de qualité, c'est une joute de mots, les énigmes du sens, les mots d'esprit. Et la dame ne perd pas un seul pas, suit la danse comme une divinité féminine. Nous nous faisons face comme deux parieurs. C'est à qui remportera le trophée. Butin invisible. Enjeux terribles et excitants. Le soi dévoilé. Les informations offertes. C'est plus précieux, parfois, que l'or ou les bijoux.

« Je demandais par simple curiosité. » L'espièglerie au vol, qui s'essouffle aux lèvres. « Je suis une dame de compagnie à la cour de Valgorath, mais vous n’avez pas entièrement faux. Je tisse et vend des lingeries pour les dames de noblesse, si j’en reçois la demande. J’ai appris du métier par mon père, qui était un marchand d’étoffes. » J'avais bon, en un sens. Elle répond, elle découvre, et je la suis. En cet instant même, peu importe la terre dont elle foulerait la poussière, je suis assez dément pour désirer la suivre. Et qu'elle soit fille non pas d'aristocrate mais de marchand ne signifie rien à mes yeux. Les rangs et la hiérarchie sont réduits dans mon esprit à mon bateau. Moi, et les autres. Le capitaine, et son équipage. Je bois une gorgée pour hydrater ma gorge sèche, alors que j'ai un sourire de chat. Il n'y a pas de jugement. Pas de cette tension venimeuse. Je frotte mon poignet, sans réfléchir ; les vieilles marques qui continuent de tirer, comme fraîchement déposées. Les souvenirs de la chair. « C’est à mon tour. Vous n’avez rien d’un officier au service d’un roi, pas même un uniforme, et je ne vois pas votre équipage. Mais à vous entendre parler, je dirais que votre navire est un brick, ais-je raison ? » J'écoute avec attention et je ne peux empêcher mon coeur de manquer un battement. Erronné. Sa sentence est fausse. Et le succès me revient, et les informations. Je penche la tête sur le côté, en dévoilant mes crocs d'ivoire dans un sourire éclatant et victorieux. « Hélas non, ma Dame. Il s'agit d'un fier trois-mâts, aux bannières blanches flottantes. Certes, les Bricks sont de bons vaisseaux, mais le mien est plus rapide que les navires dont vous parlez. Mon navire se nomme la Mandragore, et vous y seriez la bienvenue, si vous désiriez le fouler de vos pieds. » Les drapés blancs, signes de neutralité, mais aussi le drapeau noir, orné d'un crâne de tigre armé de deux sabres. Information inutile. Le danger et le fer, la sueur et le sang, n'ont rien à faire dans notre discussion. Elle a déjà vu mes prouesses martiales. J'ai vu la peur et le soulagement sur son beau visage. J'aime jouer avec elle. Non pas d'elle, mais avec elle. Et la nuance est là, toute entière.

Je répète le nom. J'espère qu'elle s'en souviendra, qu'elle le retiendra, qu'elle murmurera le nom de mon bâtiment, faute du mien, quand je partirais. « La Mandragore. Et je puis dire que, par bien des côtés, mon rôle est très proche de celui d'un marchand. » Après tout, je vendais et achetais, faisant office de marchand. Hormis que ma vie était bien moins banale. L'aventure et les femmes, l'alcool et l'or, les cicatrices et l'excitation des batailles. Capitaine pirate. Mais les mots ne sortent pas, alors que j'offre une nouvelle théorie. « Il me semble reconnaître votre accent, ma Dame. Seriez-vous originaire de Kingshill ? » Une parade. Une proposition lancée sans réel désir de gagner, cette fois. A trop vaincre, on en perd la saveur. Il est plus amusant de laisser le destin régner sur notre conversation - lui, ou autre chose.

« A vous voir, vous semblez bien plus intelligente que les dames qui vous accompagnaient. Et notre petit jeu le prouve - les apparences sont ici bien réelles. Vous pourriez être ce que vous voulez - le monde manque de dames à la langue aussi acérée que la vôtre. L'univers pourrait être à vous. Je pourrais vous l'offrir » je chuchote avec un sourire malicieux. Lui offrir la mer et ses merveilles. La tenter d'aventures, faire briller à ses yeux les terres lointaines et la magie des batailles. Mais elle est une femme, et je suppose que sa vie simple lui suffit, je songe avec un dédain cruel. Pourtant, je pourrais avoir la véritable envie de lui offrir ce que je pourrais lui donner. J'ai rarement rencontré de demoiselle aussi vive, aussi ingénieuse. Au-delà de sa beauté rayonnante, cette femme me consume de curiosité, je suis dévoré par des émotions des plus cuisantes. Comme des griffes qui lacéreraient mon être, aux chuchotis glacés. Le fauve, le tigre, la bête, qui réclame son dû au fur et à mesure du soleil qui se couche.

Bientôt sera l'heure de l'obscurité, celle qui révèle le monstre d'or rouge et d'éclairs noirs, aux crocs aiguisés et aux griffes d'ivoire. Bientôt viendra, et je ne serai plus moi. Pris d'un accès de séduction je frôle ses doigts et me penche vers elle. Mais j'oublie ce que je voulais dire, quand mes yeux nocturnes voient l'ombre de l'argent, à son cou. Mon offrande. Mes narines s'évasent et je profite de son parfum, une seconde. Je me recule, oublieux du reste, de ce que j'allais prononcer. Elle porte mon cadeau. Et cela signifie tant et plus, une réussite qu'elle m'octroie. Si mon tempérament fougueux me supplie de la taquiner sur ce sujet, je me tais. Je ne veux pas réveiller sa gêne, bien que l'écarlate et le pourpre colorent avec joliesse les traits délicats de son visage. Ses longs cils dessinent des ombres délicates sur ses joues. Elle est belle à couper le souffle. Sorcière de mon esprit, qui enchante ma vue et ma raison. Peut-être devrais-je me méfier, mais je n'en ai ni la force ni l'envie. Je l'observe, encore et encore. Mes doigts sont proches des siens, prêts à la frôler encore une fois. Une fraction de seconde, pour ressentir à nouveau sa tiédeur si douce.

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MessageSujet: Re: (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes.   (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes. EmptyLun 29 Juin - 21:43






Sherkan & Moiga


tiger tiger, burning bright


Moiga se laissait prendre au jeu, non pas à ces scènes de masques et de charades trompeuses qu’elle connaissait si bien. Loin de l’inertie de cette existence qu’elle pouvait parfois mener au palais, qu’elle exécutait au clignement près depuis qu’elle était mariée. Elle s’amusait d’autant plus à se dévoiler à cet étranger, cet inconnu dont elle ne savait si elle le reverrait encore, peut-être jamais. Une ombre qui se dissipe progressivement à l’horizon, disparait dans l’écume, laisse une empreinte indélébile dans le sable encore humide. Mais n’était-ce pas là justement la beauté de la chose, menée par l’insouciance, d’une vérité tangible et pourtant intouchable. Une perception au delà de ce qui peut être décrit par les mots, un simple ressenti. Il dégageait une telle aura de confiance derrière ses sourires tirés et ses pupilles embrasées, quand bien même il portait tous les atouts d’un brigand qu’elle aurait évité au moindre coin de rue. Pourtant, celui-ci, elle l’aurait suivi les yeux aveugle jusqu’aux plus profondes abysses d’Oriel, dans une autre vie. Une attirance doublée de notes murmurées, presque silencieuses. Un charme au gout d’interdit. Et le palpitant, orné de battements à la moindre rouillure. « Hélas non, ma Dame. Il s'agit d'un fier trois-mâts, aux bannières blanches flottantes. Certes, les Bricks sont de bons vaisseaux, mais le mien est plus rapide que les navires dont vous parlez. Mon navire se nomme la Mandragore, et vous y seriez la bienvenue, si vous désiriez le fouler de vos pieds. » Elle avait pu en voir des navires, en contempler depuis les criques isolées ou les pontons longeant le port. Mais jamais elle n’avait posé un pied sur un de ces bâtiments, jamais elle n’avait effleuré le bois poli, touché les cordes imbriquées en parfaits noeuds. La Mandragore était un nom bien poétique, une plante dit-on aux vertus magiques. « La Mandragore. Et je puis dire que, par bien des côtés, mon rôle est très proche de celui d'un marchand. » Aucune déception ne se lit dans les pupilles de la peau d’émeraude, malgré son erreur. Il aurait pu choisir de ne rien révéler, pourtant ce dernier en a dit plus long que ce qu’elle espérait. « Vous n’avez pas l’air d’être le genre d’homme transportant du sucre sur son vaisseau. » lâche-t-elle d’un rire mesquin dans l’air, peut-être avec une pointe d’effronterie. Elle sent qu’il ne lui dit pas tout, qu’il ne peut être qu’un simple marchand avec tant d’armes sur la ceinture, mais ne ressent pas quelque besoin d’en savoir plus, pour l’instant. Le regard du capitaine se fait plus appuyé, plus intime et indiscret. Moiga ne cligne pas, goutant une autre lampée de son verre, savourant chaque minute qui lui sera accordée en sa compagnie, même si pour cela elle devra attiser le silence et faire gronder le désir et l’attente. « Il me semble reconnaître votre accent, ma Dame. Seriez-vous originaire de Kingshill ? » Elle cille, une fois, puis deux, tout en reposant son verre contre la table, laissant ses mains jouer avec le pied du gobelet et la bourse du capitaine. Le sourire élargit, ses yeux papillonnent vers ses propres gestes. « J’ai le regret de vous dire que ce n’est pas le cas. » Elle songe un instant, à ce nord qu’elle n’a jamais quitté, aux corps morts enfouis dans la neige, retournant poussière comme cette dernière retourne liquide et indolore, la guerre, la malédiction. La peau d’émeraude. « A vous voir, vous semblez bien plus intelligente que les dames qui vous accompagnaient. Et notre petit jeu le prouve - les apparences sont ici bien réelles. Vous pourriez être ce que vous voulez - le monde manque de dames à la langue aussi acérée que la vôtre. L'univers pourrait être à vous. Je pourrais vous l'offrir. » Elle relève le menton, toise ses rétines sombres pour s’y perdre un instant. Quelle folie que ce sentiment de total abandon, de lâcher prise entre deux falaises, et se laisser tomber, simplement. Il l’hypnotise, avec une telle facilité, que c’en est déconcertant. De jolis mots enrobés de rubans, de belles promesses alléchantes. Malgré sa maigre connaissance du monde, la demoiselle n’ignorait pas que l’univers pouvait être cruel, cadeau empoisonné. Un instant, Moiga remarque son reflet dans les pupilles de l’homme, et ne voit qu’un mensonge, l’éveillant de ses rêveries. « Serait-ce une invitation à monter à bord de votre navire ? J’ai entendu dire que les femmes portaient malheur sur les mers, votre équipage n’aimerait sûrement pas m’y voir. » Elle dessine un sourire en coin, certaine de détenir les armes. Mais le capitaine, aucunement déconcerté, se penche vers elle et effleure ses doigts, dévoilant des épaules puissantes, des marques aux poignets, qui tout de suite effacent cette fausse assurance qu’elle portait à ses lèvres. Elle détourne rapidement le regard pour le reporter vers lui, ne voulant montrer aucune gêne à cette proximité. « J’imagine que lorsque vous aurez encore disparu nous ne nous reverrons peut-être pas avant bien longtemps, alors sans jeu, j’aimerais que vous sachiez, mon nom est Moiga et je viens de Silverdims. » Elle profite de son avance pour reculer, le palpitant resserrant son emprise dans sa cage. Sa main s’échappe, frôlant ses doigts hâlés, pour venir enfermer son collier. Libre à lui de lui dévoiler son nom ou pas, mais au moins, elle se réveillerait sans regret le jour suivant. « Quelque chose me dit que pour vous trouver, je devrai probablement me mettre en danger. » Elle échappe un soupir, déjà lasse de savoir que ce petit jeu allait bientôt se terminer. Une question se brise sur ses lèvres, alors qu’il est trop tôt pour demander, mais peut-être sera-t-il trop tard demain.
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MessageSujet: Re: (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes.   (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes. EmptyLun 29 Juin - 22:43

Le chant des sirènes
 La vraie vie est si souvent celle qu'on ne vit pas.
MOIGA ✧ SHERKAN


Leur petit duel est fait de regards, de contacts inavoués et de désirs secrets, qui sont nés de cette ancestrale humanité. Je ne puis lâcher ses prunelles où brille la lune et le soleil, l'amusement et la curiosité. Peut-être mes propres iris chatoient-ils également de ces flammes, écho aux chansons qui réunissent nos deux êtres qui dansent, s'étreignent en pensées. Notre jeu nous amène plus loin que ce que j'avais escompté. Les mots dépassent la pensée. Les offres enflent, et j'en dis plus que besoin. Parce que, même si j'aime gagner, ce jeu là, si je suis vaincu, j'aurais tout de même des lauriers plus doux. « Vous n’avez pas l’air d’être le genre d’homme transportant du sucre sur son vaisseau. » Je plisse les paupières, l'air pensif. Comme si je songeais un instant à lui dévoiler la portée de ses mots. Son insolence a le don de faire rugir le félin en moi. Tigresse à son tour, qui sort griffes et crocs. La violence est une bassesse humaine que je distingue d'autres émotions, car à la brutalité se noue la passion. Et comment en vouloir à une femme d'être une rebelle dans l'âme, face à un gredin dans mon genre ? J'affiche sourire et regard bravaches. « Qui sait ce que sont les illusions ? Un nuage de fumée opaque, qui cache la vérité derrière un écran de fumerolles ? Ou peut-être se drape t-on parfois dans une honnêteté d'autant plus dérangeante qu'elle est à la vue de tous ? Dites-moi donc quel genre d'homme ai-je l'air d'être, MiLady ? » A mon tour de la taquiner d'une voix malicieuse et fanfaronne. Je l'incite, l'excite à coup de mots. Ici, ce n'est pas une bataille sanglante. C'est une joute orale, et je me plais à nous voir à égalité. Cette femme a toute mon attention, et plus encore.

« J’ai le regret de vous dire que ce n’est pas le cas. » Les sourcils qui se froncent, une seconde. Perdu. Elle a le droit à une question. Le pouvoir entre ses mains graciles - et je n'ai pas peur. Elle n'est pas une biche effarouchée. Je ne sais pas ce qu'elle est - aucune étiquette ne lui convient, et elle semble une sirène sortie des eaux, une divinité faite chair. A laquelle, plutôt que d'offrir un pan de mon être, je tends le monde. Nos yeux ne se détachent pas ; quatre astres qui se heurtent dans un fracas silencieux. Mon souffle s'excite un instant. Les désirs bas et serpentins. Les envies venimeuses. Humaines. Terriblement humaines. « Serait-ce une invitation à monter à bord de votre navire ? J’ai entendu dire que les femmes portaient malheur sur les mers, votre équipage n’aimerait sûrement pas m’y voir. » Croit-elle m'enlever avec ses arguments le pouvoir ? J'ai un rire bas, dédaigneux. Le rire d'un homme de pouvoir, qui connaît ses limites et qui connaît également l'ampleur de ses capacités. « Les superstitions disent que les femmes saignant attirent les tempêtes et les monstres. Pourtant, certains équipages pirates comportent des femmes. Des créatures superbes et puissantes. Les égales des hommes. Sans cela, mon équipage m'obéit au doigt et à l'oeil. Quand bien même mes hommes seraient mécontents, ce dont je doute, ils feraient ce que je leur ordonne. Mais je puis comprendre si vous avez peur. » Arrogance, l'impertinence faite homme. Une nouvelle carte dans ce jeu multiple. Les coups se suivent mais ne se ressemblent pas, et nous changeons les règles au grès de nos envies, de nos respirations.

« J’imagine que lorsque vous aurez encore disparu nous ne nous reverrons peut-être pas avant bien longtemps, alors sans jeu, j’aimerais que vous sachiez, mon nom est Moiga et je viens de Silverdims. » Je me redresse, curieux. Pourquoi a t-elle donné cette information capitale ? Est-elle déjà lasse de notre jeu ? Je l'observe, me reculant à mon tour, félin et d'un orgueil superbe dans chacun de mes mouvements amples et solides. La peau brunie par le soleil, qui ne peut cacher ni les cicatrices ni la carnation sombre, les origines, l'enfance. Le jeu est balayé. Pour un temps peut-être. Ou peut-être ne reprendra t-il pas. « Moiga de Silverdims » et les mots roulent sur ma langue, franchissent mes lèvres avec une sensualité déroutante, une saveur inédite, une délicatesse tendre. Je souris, de toutes mes dents, comme un animal ravi. « Je vous dois une réponse. Passons donc aux appellations, Moiga. » L'enfantine espièglerie de prononcer son prénom, comme un sort ou un enchantement, comme pour me l'attacher. L'hypnotiser. La faire mienne. « Je me prénomme Sherkan Raksha, originaire d'Agrabah. Et tant que nous en sommes aux aveux, mes cales ne transportent pas de sucre mais des produits que je revends à prix fort dans les ports. La Mandragore est connue sur les mers pour être le vaisseau du Capitaine au Tigre. Un forban terrible, dit-on, un pirate sans foi ni loi. Au charme certain et au sourire carnassier, bien que ses manières soient fort polies. Qu'en pensez-vous ? » L'oeil qui brille. Le fauve en chasse. L'amusement visible. Même si tout cela n'est qu'un jeu, si je ne me vante pas pour de vrai, cette femme est une véritable diablesse. D'or et de marbre. De chair et de sang. De féminité et de grâce. Je la veux. Non pas de façon charnelle et vile, mais d'une manière plus profonde, incroyablement forte. Une cour, une séduction. Une course effrénée.

« Quelque chose me dit que pour vous trouver, je devrai probablement me mettre en danger. » Son soupir pourrait fendre les âmes de ceux qui l'entendent, et tinte à mes oreilles comme un carillon funeste. J'attrape alors sa main, sans honte ni brutalité. Je serre ses doigts et caresse sa paume de mon pouce. Un geste déplacé. Un mouvement presque intime. Un contact chaud et ardent. Par Mêht, elle m'électrise. La nuit tombe, et m'enflamme des sens du tigre. « Ne vous mettez pas en danger afin de me revoir. Il serait fort dommage que je ne sois point le héros que je fus la dernière fois. » Derrière les mots amusés flotte un avertissement. Je ne veux pas la voir braver le danger. J'ai l'envie folle de la protéger. De tout et tout le monde. De l'emmener voir le monde et la mer. Sa main à son cou, et le collier qui miroite dans mon imagination, voilé. « Il n'y a rien de bon à désirer me trouver, Dame Moiga » je chuchote. « Surtout à cette heure du jour. Je vous dois toujours une réponse. Posez, et vos mots seront des ordres » je déclame avec un rictus. Mes moustaches, comme celles des chats, semblent se hérisser. Et bientôt la nuit sera là, et je ne saurai même plus retrouver son visage dans mon esprit, obnubilé par la faim, la chasse, la liberté au coeur. Pourtant, je me demande même comment il est possible d'oublier une telle femme. Je regrette la malédiction. Si j'avais été humain, j'aurai pu rester. J'aurai pu la couver de mes regards, de mes baisers, de bien plus encore selon ses besoins, ses envies. Mais peut-être mets-je la charrue avant les boeufs. Une question me taraude soudain - il est connu que la plupart des femmes dans son genre, belles et intelligentes, sont mariées. Non pas que cela m'ait arrêté par le passé ... Mais en cet instant, le coeur gonflé de cette interrogation acide, je la toise de ma hauteur, indifférent à mon propre corps bouillant et à ma peau qui me tire déjà. A mes yeux qui se fendent presque, à mes narines qui s'évasent, cherchant les parfums et les senteurs. Je ne vois qu'elle.

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MessageSujet: Re: (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes.   (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes. EmptyMar 30 Juin - 15:25






Sherkan & Moiga


tiger tiger, burning bright


Le temps qui vagabonde, semblable à un sablier doré flottant dans le néant, dont les grains glissent peu à peu pour se perdre à jamais. Le temps dont elle manque cruellement. Mais les histoires se mêlent et se rejoignent, comme liées par un fil invisible tissé par ce qu’on appelle le destin, au moment où l’on s’y attend le moins, laissant place au hasard. La peau d’émeraude l’avait probablement attendu toute sa vie, l’étranger à la peau hâlé, mais voilà que son absence et la distance séparant leurs univers totalement opposés rendait l’attente plus savoureuse encore. Une illusion, une chimère. Une moitié d’âme, un morceau de chair qui ondule, fragile, tremblotant en attendant d’être recousu à la pointe fine d’une aiguille. Comme elle pique, cette aiguille. Elle brûle, déchire puis cautérise, jusqu’à la prochaine saignée. Mais tel est ce pourquoi se battre vaut la peine, se sentir vivant par les blessures et se montrer farouche, aussi bornée que les flammes. « Qui sait ce que sont les illusions ? Un nuage de fumée opaque, qui cache la vérité derrière un écran de fumerolles ? Ou peut-être se drape t-on parfois dans une honnêteté d'autant plus dérangeante qu'elle est à la vue de tous ? Dites-moi donc quel genre d'homme ai-je l'air d'être, MiLady ? » Elle ne bronche pas, n’ayant à dire vrai, aucune bonne réponse à lui donner. Il a l’air de bien des choses, mais rien de ce qu’elle connait. Un vieil adage dit d’ailleurs que l’inconnu nous fascine, parce qu’il nous effraie, nous fait vibrer. Ses mots poussent à réfléchir, toujours emplis d’une vérité vivace, déséquilibre palpable à même la peau. Il joue avec elle, rend son esprit confus et le jeu est d’autant plus attirant qu’elle n’a pas à mentir pour laisser planer le doute, le désir. Il se trompe, pourtant. Moiga n’est pas encore entièrement un livre ouvert, une couverture tachée. La balle est dans son camp, du bout des doigts. Elle le fait attendre, préparant patiemment sa prochaine question, le faisant voguer sur d’autres vagues scélérates. « Les superstitions disent que les femmes saignant attirent les tempêtes et les monstres. Pourtant, certains équipages pirates comportent des femmes. Des créatures superbes et puissantes. Les égales des hommes. Sans cela, mon équipage m'obéit au doigt et à l'oeil. Quand bien même mes hommes seraient mécontents, ce dont je doute, ils feraient ce que je leur ordonne. Mais je puis comprendre si vous avez peur. » S’il ne se laisse pas déstabiliser, c’est bien elle qui se voit brumeuse par son sous-entendu franc. La peur est un sentiment qui l’habite au quotidien, mais qu’elle évanouit, qu’elle morfond en silence. Sa peau brûlée lui rappelant sans cesse combien elle n’est rien, maudite et réduite à se cacher pour ne pas se faire dévorer. « Ces femmes dont vous parlez, doivent avoir passé un pacte avec les dieux. » elle détourne, évite la confrontation qui en dévoilerait plus qu’elle ne le veut. Pourtant, c’est avec imprudence qu’elle révèle son nom, dans l’espoir misérable de laisser une quelconque trace d’elle, si par malheur ils n’étaient pas amenés à se revoir, ou, s’il souhaitait la retrouver. Pauvre sotte, se jetant toute entière dans la gueule du tigre, déposant les armes, se laissant aller un court instant, sans mensonges ni tromperies. Elle l’observe, toise son regard inquisiteur et se complait à l’entendre murmurer son nom. Son sourire finit de lui arracher un battement souple dans la poitrine. « Je me prénomme Sherkan Raksha, originaire d'Agrabah. Et tant que nous en sommes aux aveux, mes cales ne transportent pas de sucre mais des produits que je revends à prix fort dans les ports. La Mandragore est connue sur les mers pour être le vaisseau du Capitaine au Tigre. Un forban terrible, dit-on, un pirate sans foi ni loi. Au charme certain et au sourire carnassier, bien que ses manières soient fort polies. Qu'en pensez-vous ? » Le battement se transforme en mélodie chaotique, cassante, brisant toute cage renfermant son palpitant. Sa poitrine se gonfle, sa respiration se fait saccadée. Le verre tremble sous ses doigts crispés, et manque de tomber. Bientôt, ses joues deviennent pourpres face à sa maladresse, rosies d’une teinte qu’elle ne soupçonnait pas de se montrer. Elle lance des regards autour d’elle, inquiète que quelqu’un ait malencontreusement entendu ce bout de leur conversation. Une dame de compagnie pouvait bien entendre des rumeurs sur les pirates, mais en rencontrer, jamais. Sa main vient nerveusement replacer sa chevelure derrière son oreille, tandis qu’elle relève ses pupilles vers les siennes, avec une prudence plus pure. Innocence à même les traits, elle dessine enfin un fin sourire sur ses lèvres. « Eh bien Sherkan, j’imagine que la vie que vous menez doit être palpitante. » Un murmure prononcé à même sur le temps, valsant avec ses piètres sentiments. Etrangement, la peau d’émeraude n’a aucune crainte et tend à le prouver. Son soupir fend l’air, tandis qu’elle le laisse caresser sa main dans une pudeur perdue. « Ne vous mettez pas en danger afin de me revoir. Il serait fort dommage que je ne sois point le héros que je fus la dernière fois. » Son air parait plus sérieux, d’un coup. L’amusement laisse place à la réalité et Moiga ressent le temps leur filer entre les doigts. Elle plonge ses rétines dans ses yeux sombres, mémorise ses traits félins, ses cicatrices saillantes, les courbes de sa silhouette et les odeurs sucrées du fils du désert. « Il n'y a rien de bon à désirer me trouver, Dame Moiga. Surtout à cette heure du jour. Je vous dois toujours une réponse. Posez, et vos mots seront des ordres. » Quel indice encore laisse-t-il de son passage, rien qu’un nuage, une bourrasque pleines de secrets. L’aurore l’appelant encore une fois, et la grenouille, se noyant dans ses yeux avant que l’horizon ne l’efface. « Quant à moi, je vous dois la vie, ce que je n’oublierai pas. Vous avez tout l’air d’être le genre d’homme que vous décrivez, mais je ne vois pas une raison pour laquelle je ne devrais vous revoir. » Ses mots se font plus courts, plus précieux. « Ce bijou » dit-elle en dégainant le collier qu’il lui avait offert dans les déserts brûlants. « Appartenait-il à une femme ? »
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MessageSujet: Re: (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes.   (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes. EmptyMar 30 Juin - 16:01

Le chant des sirènes
 La vraie vie est si souvent celle qu'on ne vit pas.
MOIGA ✧ SHERKAN


Charmeuse de tigres, enchanteresse aux gestes élégants et à la peau diaphane. Ses mouvements font tinter des grelots dans le plus profond de mon être. Elle me fascine, comme une proie. Mais je ne suis plus sûr de qui chasse qui. Elle est pure - de cette innocence que même ses traits ne peuvent retenir. Je ne sais rien d'elle, mais ce que je sais, c'est qu'elle ne mérite pas mes traitements habituels. Elle est différente. De cette contradiction propre aux femmes. Le séducteur est séduit. Le tigre en est réduit à se faire happer dans des filets féminins à l'odeur délicate. Un chat plus qu'un fauve. De toute évidence ma verve orale la perd. Je la dépossède d'un bout d'elle-même de mon regard, je lui ôte une carte, je la prive d'une consécration. Piètre victoire, mais elle est mienne. Cet agrément est des plus doux à mes oreilles et j'aimerais en cet instant pouvoir écouter le son aigrelet de son coeur, alors qu'elle semble égarée par mes mots. « Ces femmes dont vous parlez, doivent avoir passé un pacte avec les dieux. » Les yeux comme des étoiles, qui se plissent sous l'amusement, des iris de monstre, pourtant si humains. « Leurs seuls dieux auxquels ces femmes ont offert leurs vies sont-elles même. Plutôt que d'attendre et de dépérir, elles ont choisi d'adopter les comportements et la vie qu'elle désiraient. La nature même d'une femme n'est pas d'être ce que l'on pense qu'elle doit être. La liberté ne s'achète pas - elle se capture.» Et par Mêht, j'en sais quelque chose. Je retiens un geste peu élégant, mes doigts qui veulent courir sur les poignets marqués. L'impunité d'une existence, que j'ai gagnée. Personne ne me l'a offerte. Personne ne m'a donné ce que j'ai aujourd'hui. « Vous seule êtes maîtresse de votre avenir, de vos besoins. De vos désirs.» Ce monument de féminité me donne des élans de protection. Je veux qu'elle réalise que, si sa vie ne lui plaît pas, elle peut passer à autre chose. Mais c'est elle qui décide - elle qui commande, qui ordonne à ses propres pieds où se poser. Je la devine assez rusée pour comprendre. Mais peut-être le courage reste t-il enseveli trop profondément sous cette poitrine qui attire l'oeil.

A l'annonce de mon nom, de ma condition, un mélange inexplicable de fierté et de dédain étire mes traits - je vois l'implacable peur, l'inquiétude, sur son joli visage. Bien entendu. Je la laisse s'angoisser pour deux. Quiconque voudrait m'interrompre aurait affaire à mon fer. La violence sous-cutanée ; la brutalité humaine ; l'art du combat qui prolonge un bras, qui s'enracine dans le crâne. Qui fait battre un coeur aussi purement que le sourire d'une femme. Le goût du sang sur les lèvres. L'émotion vitale, la douleur qui pulse. Bien présente sous la peau - le tigre qui rugit à la nuit qui continue de s'élancer, le soleil qui fuit ses ronronnements chimériques. Moiga replace une mèche derrière son oreille, et je déglutis, captivé. Je suis grisé, séduit, et je ne peux détourner mes yeux des siens. L'obscurité qui appelle ses prunelles à elle. La lumière qui lui donne des ombres sur la pâleur de son visage, qui fait naître des contours ignorés, des mystères sur sa peau. « Eh bien Sherkan, j’imagine que la vie que vous menez doit être palpitante. » Contrairement à la votre, Milday ? Je l'observe, d'un air chasseur. En cet instant, un mot, un seul, et je pourrais la ravir à cette vie morose où elle se fane. Un seul mot, qui ne franchit aucunes lèvres, ni les siennes ni les miennes.

« Quant à moi, je vous dois la vie, ce que je n’oublierai pas. Vous avez tout l’air d’être le genre d’homme que vous décrivez, mais je ne vois pas une raison pour laquelle je ne devrais vous revoir. » Je veux lui faire comprendre - ce qu'elle a vu, la bestialité du combat, la mort, le ravissement fauve, n'est rien comparé à ce qu'est ma vie. Rien sauf le goût salé du sang et de la mer ; la brûlure du soleil et la fraîcheur caressante de la lune ; les ordres qui valsent et la confiance d'hommes à qui je dois la vie, et qui me doivent bien plus. « Ce bijou » et je décoche au morceau d'argent un regard foudroyant, attiré par les mains qui le tiennent, par la peau qui contraste sous lui, par la poitrine corsetée, qui semble frémir, « Appartenait-il à une femme ? »

Je ne m'attendais pas à cette question. Je passe ma langue sur mes lèvres, inconsciemment, et ce geste a quelque chose d'enfantin et de terriblement sincère. Un mouvement involontaire, que l'âme scelle immédiatement. « Oui.» Puis j'éclate de rire. Je sais où elle voulait en venir, et si j'ai répondu, je m'en veux de la malice de l'attente que je créée. Je pointe mon menton vers elle, narquois, railleur. Est-ce l'intérêt qui la fait parler, ou juste la curiosité de savoir si elle est comme les autres, à qui j'offre des bijoux à l'une, à l'autre, sans y penser ? Ma main caresse mon verre vide, posé sur la table, et le contact du bois sur mon poignet nu est agréable, frais, dans la nuit tiède qui se lève. Bientôt. « Vous attendiez-vous à ce que je vous dise non, ou que j'exprime qu'il appartenait à ma femme ?» Sardonique ton, mais qui n'est pas exempt d'une extrêmement douceur, avec contradiction. « Il n'a jamais touché d'autre cou que le vôtre, hormis le mien et celui de ma soeur.» Unique souvenir que j'avais d'elle. Je ne sais pourquoi je l'avais offert à Moiga. Parce que, telle la sirène sur le pendentif, elle était une créature mystérieuse, mystique, que j'avais sauvée et que je désirais voir. « Avez-vous déjà entendu le chant des sirènes, Moiga de Silverdims ? Moi oui. Lorsque la nuit tombe, que les étoiles éclosent dans le tapis de l'obscurité, et que la lune monte, elles s'épanouissent à la surface de l'étendue salée. Et alors, leurs chants résonnent comme des cloches. Mais ce son est inhumain - d'une beauté létale et mortelle. Car une fois qu'on l'a entendu rien ne nous paraît plus beau. Il y a un fond de vrai dans ces légendes - la voix des femmes de l'eau sont les plus belles du monde. Et qu'aurais-je pu offrir d'autre qu'une sirène d'argent à la plus belle femme qu'il m'ait été de rencontrer ? De sauver, même» j'achève avec un léger rire.

Soudain, une douleur dans mes doigts me fait grimacer. Le tigre est là, prêt à sortir. Je ne peux me retenir plus longtemps - la course jusqu'à la Mandragore me semblera trop lente. Je vois du coin de l'oeil la silhouette de Merle qui me cherche, dans la foule, l'air mécontent. Mon homme de bois. « La nuit approche à grands pas, et elle n'est guère la compagne que je préfère. » Je me lève et fais le tour de la table pour me pencher vers elle. Malgré moi je sens son parfum. Mes yeux sont déjà verts et fendus. Et sous mes doigts, les muscles crient. Volupté douloureuse. Je chuchote près de son visage, nos deux regards plongés l'un dans l'autre. Je pourrais l'embrasser - mais pas encore, pas de suite. L'attente me tord le ventre, le désir et l'envie ; à moins que ce ne soit la transformation. « Je me dois de vous filer entre vos gracieux doigts, encore une fois. Mais c'est un déplaisir de mon côté, Moiga de Silverdims. Je fus ravi de vous revoir. Et c'est une promesse que je fais là - avant longtemps, nous serons amenés à nous revoir. » Je ferais amarre ici aussi souvent que possible. Je vais pour partir, mais je jette un regard derrière moi, en remettant mon chapeau sur mon crâne. « N'oubliez pas - le monde peut être à vous. Il suffit que vous le décidiez. A très bientôt.»

Je me fond dans la foule, rejoins Merle qui m'attrape le poignet. J'éclate de rire. Nous cavalons jusqu'au bateau, le long du port. La nuit révélera encore une fois le fauve en moi. Mais je pourrais sentir toute la nuit son odeur à elle. Et même l'animal rêvera d'elle, et du collier à son cou, et de ses mots mordants. Tigresse faite femme. Parfaite.

© Starseed
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MessageSujet: Re: (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes.   (MOIGA & SHERKAN) Le chant des sirènes. EmptyMar 30 Juin - 17:57






Sherkan & Moiga


tiger tiger, burning bright


Sherkan, un nom écorché, rauque, dur comme la pierre qui s’ébrèche sous l’écume. Un nom qui reflète les monts brûlants et désertés d’Agrabah. Un fils du désert. Un capitaine des mers. Un être bien différent en tous points, éloigné de ce monde falsifié dans lequel nage Moiga. Lui devait connaitre le pillage, la rage et le sang. Elle, tissait des perles et pierres précieuses sur des drapés. Et pourtant, leurs chemins s’étaient croisés, par deux fois l’encre avait coulé pour noircir des pages qui naissaient à peine. La plume n’était pas prête de se fendre, bien qu’elle soit fragile, elle était animée d’une âme si pure, débordante de désir. « Leurs seuls dieux auxquels ces femmes ont offert leurs vies sont elles même. Plutôt que d'attendre et de dépérir, elles ont choisi d'adopter les comportements et la vie qu'elles désiraient. La nature même d'une femme n'est pas d'être ce que l'on pense qu'elle doit être. La liberté ne s'achète pas - elle se capture. » Message subliminal, invitation masquée, cachée mais dévoilée toute en finesse. Sans le savoir peut-être, il marquait pourtant un point fatal. La seule liberté qu’elle avait capturée, était sa propre malédiction. La peau d’émeraude, échappée d’un puits de glace. Du reste, elle avait payé, saigné et brûlé pour l’obtenir. La dame grenouille. Une existence malmenée, contrainte. Mais que pouvait bien savoir une fille de marchande de la liberté ? « Vous seule êtes maîtresse de votre avenir, de vos besoins. De vos désirs. » Qu’il était beau de rêver, de plonger dans ses prunelles de jais pour y découvrir le monde qu’il promettait, de gouter à ses lèvres par un simple regard. Mais toujours elle se résignait, se pondérait. Sa maîtresse avait besoin d’elle, et après tout, la sorcière ne viendrait jamais la trouver ici. Sa place était entre ces murs étincelants, sur ces pavés dorés qui gondolaient de richesse et de tranquillité. Il serait irrationnel, absurde, de tourner le dos à tout ce pour quoi elle a fui, de suivre un homme qu’elle venait à peine de rencontrer, qu’elle commençait tout juste à désirer. Sa sagesse la perdrait probablement, mais elle n’avait plus ses seize ans. La demoiselle avait bien vécu déjà, souillé ses belles années par le mariage. Elle n’était plus pure, entière et complète. Elle était une isolée, une bannie, une réfugiée. Sherkan avait probablement lui aussi connu son lot de femmes, en beau baratineur qu’il était, animal indomptable. « Oui. » La déception peut-être, mais pas l’illusion. Il était bel homme, il avait du fouler maintes et maintes terres de ses bottes, embrassé des centaines de femmes. Mais seule une pourrait compter, et il était évident que cette femme là devait avoir eu un jour ce bijou en sa possession. Elle brûlait de savoir, de connaitre son histoire. De découvrir au plus profond de son être, quelle était sa faiblesse. Son rire qui résonne, ses pupilles qui étincellent. Elle se pince les lèvres, plisse les paupières avec intérêt. « Vous attendiez-vous à ce que je vous dise non, ou que j'exprime qu'il appartenait à ma femme ? » Peut-être un peu des deux. « Il n’a jamais touché d’autre cou que le vôtre, hormis le mien et celui de ma soeur. » Elle tique, la poitrine qui se gonfle de nouveau. Peut-être de honte, de gêne démesurée. L’aurait-elle trop vite mal jugé ? De nouveau des questions envahissent son esprit, mais elle n’avait droit qu’à une confession. « Avez-vous déjà entendu le chant des sirènes, Moiga de Silverdims ? Moi oui. Lorsque la nuit tombe, que les étoiles éclosent dans le tapis de l'obscurité, et que la lune monte, elles s'épanouissent à la surface de l'étendue salée. Et alors, leurs chants résonnent comme des cloches. Mais ce son est inhumain - d'une beauté létale et mortelle. Car une fois qu'on l'a entendu rien ne nous paraît plus beau. Il y a un fond de vrai dans ces légendes - la voix des femmes de l'eau sont les plus belles du monde. Et qu'aurais-je pu offrir d'autre qu'une sirène d'argent à la plus belle femme qu'il m'ait été de rencontrer ? De sauver, même. » Son rire doux se dissipe dans l’air, laissant entendre le pauvre coeur vert de la peau d’émeraude, palpiter. Il était si simple d’avaler ses paroles, quand bien même elles pourraient paraitre absurdes, elle préférait les croire. Elle ne répond que par le silence, et les râles soufflés de son coeur. Son visage se détend en un sourire léger, alors qu’elle papillonne des cils pour être bien certaine que tout cela soit vrai. « La nuit approche à grands pas, et elle n'est guère la compagne que je préfère. » Moiga pose son verre désormais vide sur le bois, attentive et observatrice. Elle n’a pas manqué le coup d’oeil qu’il a lancé au dehors de la taverne. Il se lève en attrapant ses affaires, avant de se pencher vers elle, glissant de vagues frissons remontant l’échine de la demoiselle. « Je me dois de vous filer entre vos gracieux doigts, encore une fois. Mais c'est un déplaisir de mon côté, Moiga de Silverdims. Je fus ravi de vous revoir. Et c'est une promesse que je fais là - avant longtemps, nous serons amenés à nous revoir. » De nouveau cette boule lui étirant les entrailles. Elle ne veut pas qu’il parte, mais ne veut pas non plus le retenir. Elle se lève à sa hauteur et prend ses mains dans les siennes. « Un homme d’honneur n’a qu’une parole, Sherkan. Ne me laissez pas languir trop longtemps, j’ai toujours une dette envers vous. » « N'oubliez pas - le monde peut être à vous. Il suffit que vous le décidiez. A très bientôt. » Alors sa silhouette se mêle à la foule du port. Elle se tient dans l’embrasure des colonnes, les mains jointes, l’observe un instant disparaitre avec un de ses hommes dans les dédales. Le ciel s’assombrit, mais son espoir grandit.



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